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Grand-mère
Si tu pouvais me raconter
Je sais, tu me raconterais
Que tu es née un soir de mai
Qu’en l’année 1914
Tu fêtais ton 20ème été
Tu n’avais pas imaginé
Qu’il serait ton « piano forte »
Ton poilu des tranchées

Grand-mère,
Au temps des plus belles années
Vos nuits sont de papier à lettres
Vous rêvez de tranchées muettes
D’un corps à corps sous les étoiles
Et de l’amour tout l’alphabet
Les beaux amants sont des consonnes
Les biens aimés sont des voyelles
Piano douceur piano forte

Amor, Amor, ma bien aimée
Amour, Amer, ma dulcinée
A mort, A mort l’exil forcé
Amers, Amers, nos liens épistolaires

Grand-mère,
Si tu pouvais me raconter
Je sais, tu me raconterais
Comment la guerre laisse orphelines
Les jeunesses qui s’assassinent
Comment tu criais à tes frères
De faire la guerre à la guerre
Et à ton seul amour, grand père
Ne meurs pas, ne meurs pas

Grand-mère,
Au temps de vos belles années
Il faisait nuit dans les tranchées
Il ne l’écrivait pas l’aimé
A son amour le cri des morts
Il souriait pour les photos
Auprès des fleurs et des fusils
Ses lettres te déshabillaient
Piano forte Piano forte

Amor, Amor, ma bien aimée
Amour, Amer, ma dulcinée
A mort, A mort l’exil forcé
Amers, Amers, nos liens épistolaires

Grand-mère
Si c’était moi qui continuais
Tu sais, je pourrais raconter
Qu’il est revenu de la guerre
Vous avez fait guerre à la guerre
L’amour à l’amour et mon père
Tu l’as porté dans un jardin
Ça sentait l’encre et le papier
La poésie et le jasmin

Chez toi
Il flotte un air d’azalée
Tu es dans la chambre à côté
Papa, grand père parlent avec toi
Vous n’avez plus besoin de lire
Vos lettres sur papier violette
Le chat sur ton cercueil ronronne
Il sait qu’il n’y aura plus la guerre
Ou la guerre à la guerre

Amor, amor, ma bien aimée
Amour amour vos destinées
A mort la guerre, à mort la guerre
Adieu douceurs, adieu grand mère

Grand-mère, Grand mère
Ce matin au funérarium
J’ai trouvé rouge la verrière
J’ai trouvé petite la boite
J’ai ri en pensant à l’album
Je l’ai posé sous le coussin
J’ai embrassé tes joues, tes yeux
J’ai rangé la plume, l’encrier
Et ton stylo a fait l’école buissonnière

(Texte : Mayès - Musique : Franck Sanchez)


Photo de
Elena
Kachuro-Rosenberg